dimanche , 15 décembre 2019
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Salariés de Ricard, ils dénoncent « la pression permanente » pour boire au travail !

Trois commerciaux, dont l’un encore en poste, affirment avoir subi une « pression permanente » pour boire au sein de la société Ricard.
L’un d’eux a affronté en septembre son ancien employeur devant les prud’hommes. La décision sera rendue à la fin du mois.

L’une des commerciaux étant toujours en poste, souhaite garder l’anonymat: « Je suis broyée, anéantie », répète-t-elle.
Elle relate dans Le Parisien comment, en travaillant chez Ricard, elle a peu à peu sombré dans l’alcoolisme.
Elle résiste grâce à des « cachetons » pour « parler, tenir debout, vivre ».
Une fois dans la société, elle se plie vite au rituel du pastis, servi par ses collègues, à midi, après une réunion, le soir à l’apéritif. Puis avec les clients qu’elle rencontre. « C’est la culture de l’entreprise, si on dit non, on est mal vu », explique-t-elle.
Au fil du temps, sa charge de travail augmente. Départs en retraite non remplacés, secteurs agrandis, nouveaux produits… Le soir, exténuée, elle boit pour se donner du courage. « On me disait : de quoi tu te plains ? T’es payée pour faire la fête ». Un verre, deux, une bouteille, jusqu’à ce jour où elle se casse la figure dans l’école de son enfant.
Son médecin l’arrête pour « burn-out ». « Si vous continuez comme ça, dans trois ans, vous êtes morte », lui dit-il.
Et lors de sa reprise au travail, elle prévient son chef qu’elle ne peut pas boire une goutte à cause de son traitement. « A la fin de la réunion, il m’a dit : tu prends un Ricard ? Allez fait pas chier, t’es pas chez Perrier ici ! ». « C’est fini, je n’y retournerai plus. Les médecins m’ont dit que l’alcool m’avait grillé les neurones, j’ai des hallucinations et j’entends des voix », confie-t-elle, en arrêt maladie.

Le deuxième commercial est un manager qui a passé plus de 16 ans dans l’entreprise.
Mais, après seize ans à trinquer avec les clients et les collègues, il était essoufflé.
Suite à un changement de région pour un territoire plus vaste, plus de fêtes, plus de cuites. Son médecin l’avait prévenu. « Depuis deux ans, j’étais tellement mort que je tenais avec deux Guronsan par jour et cinq Red Bull ».
Alors, les paroles de son supérieur avant son départ en Asie, « la goutte d’eau », lui font perdre pied : « C’est la dernière fois que tu profites de ta famille jusqu’à la rentrée. A ton retour, tu feras toutes les fêtes de l’été, de mai à septembre », lui avait lancé son supérieur. Il avait alors protesté : « Non, je ne peux pas, c’est trop, trop d’alcool ! ». « Si, tu le feras, t’es payé pour ça », avait-il répondu.
Désormais abstinent, il se souvient aussi d’un copain, proche du coma éthylique, « se bavant dessus dans sa voiture », d’un mail envoyé à son supérieur l’alertant sur l’état de santé d’une autre collègue. « Ça ne choquait personne et je n’avais connu que ça », raconte-t-il. M
Il avoue n’avoir pas agit auparavant car « Je ne m’en rendais pas compte, admet-il. Ce clan, il faut le quitter pour ouvrir les yeux ».

Le troisième commercial est un ancien commercial dont le surnom en interne était : Monsieur Ricard.
Après vingt ans de travail au sein de la société et un départ récemment négocié, l’homme proche de la cinquantaine, a pris du recul et refait sa vie.
Il a échappé au pire, se dit-il aujourd’hui. « On picolait tellement, j’en étais à 12 pastis par jour. Comment j’ai fait pour passer entre les gouttes ?, s’interroge-t-il. J’aurais pu provoquer un accident au volant, tuer ou me tuer. »
Un jour, il est tombé, ivre mort, sur une table à une foire, son lieu de travail. Les cadences infernales de feria, à picoler « de midi à 16 heures » et « de 21 heures à 2 heures du matin » après une brève sieste. Et le pire « la Fête de l’Huma, une saoulerie » : « Les commerciaux choisis étaient les plus résistants à l’alcool. On buvait plus de 40 Ricard par jour ».
Jamais, dit-il, sa hiérarchie ne l’a freiné. « Au contraire, si je refusais un verre, mon chef me disait : t’aimes pas les produits que tu vends ? ».
Il souhaite témoigner pour les jeunes qui voudraient intégrer l’entreprise. « Ils risquent de devenir alcooliques, sans même s’en rendre compte ».

De son côté, le groupe Pernod-Ricard réfute fermement ces accusations: « Il n’y a pas de culture de l’alcool, ni aucune directive, ni incitation, sous aucune forme, à consommer », assure Emmanuel Vouin, responsable presse du groupe. Selon la direction, le choix des commerciaux de consommer de l’alcool constitue une « décision personnelle ». « On peut décider de ne pas consommer, ou modérément », indique Bruno Gomier, directeur de la communication.

source: Gentside
credits: Le Parisien

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