vendredi , 21 février 2020
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Salariés de Ricard, ils dénoncent “la pression permanente” pour boire au travail !

Trois commerciaux, dont l’un encore en poste, affirment avoir subi une “pression permanente” pour boire au sein de la société Ricard.
L’un d’eux a affronté en septembre son ancien employeur devant les prud’hommes. La décision sera rendue à la fin du mois.

L’une des commerciaux étant toujours en poste, souhaite garder l’anonymat: “Je suis broyée, anéantie”, répète-t-elle.
Elle relate dans Le Parisien comment, en travaillant chez Ricard, elle a peu à peu sombré dans l’alcoolisme.
Elle résiste grâce à des “cachetons” pour “parler, tenir debout, vivre”.
Une fois dans la société, elle se plie vite au rituel du pastis, servi par ses collègues, à midi, après une réunion, le soir à l’apéritif. Puis avec les clients qu’elle rencontre. “C’est la culture de l’entreprise, si on dit non, on est mal vu”, explique-t-elle.
Au fil du temps, sa charge de travail augmente. Départs en retraite non remplacés, secteurs agrandis, nouveaux produits… Le soir, exténuée, elle boit pour se donner du courage. “On me disait : de quoi tu te plains ? T’es payée pour faire la fête”. Un verre, deux, une bouteille, jusqu’à ce jour où elle se casse la figure dans l’école de son enfant.
Son médecin l’arrête pour “burn-out”. “Si vous continuez comme ça, dans trois ans, vous êtes morte”, lui dit-il.
Et lors de sa reprise au travail, elle prévient son chef qu’elle ne peut pas boire une goutte à cause de son traitement. “A la fin de la réunion, il m’a dit : tu prends un Ricard ? Allez fait pas chier, t’es pas chez Perrier ici !”. “C’est fini, je n’y retournerai plus. Les médecins m’ont dit que l’alcool m’avait grillé les neurones, j’ai des hallucinations et j’entends des voix”, confie-t-elle, en arrêt maladie.

Le deuxième commercial est un manager qui a passé plus de 16 ans dans l’entreprise.
Mais, après seize ans à trinquer avec les clients et les collègues, il était essoufflé.
Suite à un changement de région pour un territoire plus vaste, plus de fêtes, plus de cuites. Son médecin l’avait prévenu. “Depuis deux ans, j’étais tellement mort que je tenais avec deux Guronsan par jour et cinq Red Bull”.
Alors, les paroles de son supérieur avant son départ en Asie, “la goutte d’eau”, lui font perdre pied : “C’est la dernière fois que tu profites de ta famille jusqu’à la rentrée. A ton retour, tu feras toutes les fêtes de l’été, de mai à septembre”, lui avait lancé son supérieur. Il avait alors protesté : “Non, je ne peux pas, c’est trop, trop d’alcool !”. “Si, tu le feras, t’es payé pour ça”, avait-il répondu.
Désormais abstinent, il se souvient aussi d’un copain, proche du coma éthylique, “se bavant dessus dans sa voiture”, d’un mail envoyé à son supérieur l’alertant sur l’état de santé d’une autre collègue. “Ça ne choquait personne et je n’avais connu que ça”, raconte-t-il. M
Il avoue n’avoir pas agit auparavant car “Je ne m’en rendais pas compte, admet-il. Ce clan, il faut le quitter pour ouvrir les yeux”.

Le troisième commercial est un ancien commercial dont le surnom en interne était : Monsieur Ricard.
Après vingt ans de travail au sein de la société et un départ récemment négocié, l’homme proche de la cinquantaine, a pris du recul et refait sa vie.
Il a échappé au pire, se dit-il aujourd’hui. “On picolait tellement, j’en étais à 12 pastis par jour. Comment j’ai fait pour passer entre les gouttes ?, s’interroge-t-il. J’aurais pu provoquer un accident au volant, tuer ou me tuer.”
Un jour, il est tombé, ivre mort, sur une table à une foire, son lieu de travail. Les cadences infernales de feria, à picoler “de midi à 16 heures” et “de 21 heures à 2 heures du matin” après une brève sieste. Et le pire “la Fête de l’Huma, une saoulerie” : “Les commerciaux choisis étaient les plus résistants à l’alcool. On buvait plus de 40 Ricard par jour”.
Jamais, dit-il, sa hiérarchie ne l’a freiné. “Au contraire, si je refusais un verre, mon chef me disait : t’aimes pas les produits que tu vends ?”.
Il souhaite témoigner pour les jeunes qui voudraient intégrer l’entreprise. “Ils risquent de devenir alcooliques, sans même s’en rendre compte”.

De son côté, le groupe Pernod-Ricard réfute fermement ces accusations: “Il n’y a pas de culture de l’alcool, ni aucune directive, ni incitation, sous aucune forme, à consommer”, assure Emmanuel Vouin, responsable presse du groupe. Selon la direction, le choix des commerciaux de consommer de l’alcool constitue une “décision personnelle”. “On peut décider de ne pas consommer, ou modérément”, indique Bruno Gomier, directeur de la communication.

source: Gentside
credits: Le Parisien

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